En chanson, c’est mieux!

Photo de Fabienne Gay-Balmaz donnant un cour de musique Fabienne Gay-Balmaz, auteure de la série «Chantilèges».

À l’établissement scolaire de Montreux-Ouest, Fabienne Gay-Balmaz anime un petit chœur. Son but: que ses élèves prennent du plaisir en dehors des heures de cours et continuent à faire vivre la passion universelle du chant.

«La musique donne aux élèves un espace vital de liberté»

Portrait de Fabienne Gay-Balmaz
Fabienne Gay-Balmaz, auteure de la série «Chantilèges». © Olivier Maire.

Dressé au milieu du village bordant le lac Léman, le collège Vinet fait partie du paysage architectural de Clarens. «Le bâtiment a plus de cinquante ans, précise Fabienne Gay-Balmaz en louvoyant dans les couloirs. Mon frère a fait ses études ici. Quant à moi, j’étais scolarisée tout près, à Montreux». Un retour aux sources pour cette ancienne institutrice, qui a pris la tête du petit chœur de l’école cinq ans auparavant.

«Le directeur est venu me trouver, car il voulait absolument avoir un petit chœur pour les enfants. J’ai accepté avec plaisir», déclare-t-elle en sortant le matériel de son sac. À l’heure où la musique, la «couture» et la gym sont devenues des branches optionnelles dans la formation des enseignants, ce qui désavantage les généralistes qui enseigneront dans les classes du primaire, la démarche est plus que jamais nécessaire pour offrir aux élèves un espace artistique en dehors des heures de cours. «Même si cela me demande énormément de préparation, les enfants en valent amplement la peine!»

Deux filles se tiennent par la taille durant un cours de chant.
Classe de chant au collège Vinet de Clarens (VD).

Des petits (et des moins petits) chanteurs

Quand on parle du loup, les élèves arrivent pour leur échappée musicale hebdomadaire: 30 têtes blondes – et rousses, et brunes – de 6 à 9 ans, dont seulement 3 garçons. «Le chant est davantage une passion féminine, reconnaît Fabienne, mais la difficulté principale, c’est d’équilibrer les activités entre les petits et les plus grands». Le temps de canaliser l’énergie résiduelle de la pause de midi, c’est parti pour une heure de musique. D’abord, les échauffements, à se frapper les jambes, à battre des bras et à faire des voix bizarres en une joyeuse cacophonie. Le moins qu’on puisse dire, c’est que personne ne rechigne. «J’adore la musique, déclare sans concession Elena, une élève de neuf ans. Je fais du violon et, quand une musique me plaît, je la retrouve sur Youtube pour danser et apprendre les paroles.»

«Mon but est d’aider les élèves à s’approprier les chansons».

Et pour cause, Fabienne Gay-Balmaz a plus d’un tour dans son sac pour leur faire donner de la voix. Dans le cas de «Mimi pinceau» – un titre bien familier tiré de la série des Sautecroche! –, elle a préparé des illustrations des différents mouvements artistiques, afin que les enfants comprennent mieux le sujet qu’ils chantent. Et au moment de leur faire découvrir la chanson italienne «La bella polenta», elle sort un sac rempli de grains. «Est-ce que quelqu’un sait ce que c’est?» Aussitôt, les réponses fusent, certaines plus justes que d’autres. «Du sable!», crie Cléa. «Du pop-corn!», renchérit Loris. On s’approche.

Faire vivre les chansons

Pourtant, quand vient le moment de déterminer les phases de la croissance de la polenta, les réponses se font de nouveau plus hasardeuses: «qu’est-ce qu’on fait avec la polenta?». «On la mange!» «Non, avant.» «On la taille!». C’est mieux. Et le refrain de la chanson – «La bella polenta si taglia così» – s’élève bientôt dans la salle. Cet art de faire vivre les chansons, Fabienne Gay-Balmaz l’a développé à travers son occupation d’animatrice de musique. «Mon but est d’aider les élèves à s’approprier les chansons, par exemple à l’aide de dessins ou en leur demandant d’inventer leurs propres paroles», explique Fabienne dans un sourire. Une approche qu’elle a privilégiée en écrivant les chansons des albums Chantilèges, illustrés par Anne Crausaz et accompagnés de pistes pédagogiques pour animer ses créations.

Classe de musique
«La passion du chant anime encore beaucoup de jeunes.»

Si le chant a été très populaire en Suisse romande, les chœurs ne sont-ils pas aujourd’hui un passe-temps démodé? Pour Fabienne Gay-Balmaz, la réponse est catégorique: «Non, la passion du chant anime encore beaucoup de jeunes. C’est pourquoi il est impératif de conserver la musique comme activité parascolaire. Elle leur donne un espace vital de liberté, d’autant plus que dans le cadre de la classe, cette branche est de moins en moins valorisée, faute de savoir y faire.» Une réponse à laquelle semble répondre l’affirmation de Dalia, neuf ans, attrapée à la fin de l’heure: «On chante souvent des chansons avec ma petite sœur. Tous les styles y passent, du jazz à la variété. C’est simple: j’ai toujours aimé chanter.» Tiens, tiens, cela ressemble à une certaine enfant que la passion du chant n’a pas quittée.

Pour aller plus loin:

Recueils de chansons Chantilèges de Fabienne Gay-Balmaz: