Les yeux de Bianca: le défi de l’impression en braille

Des mains en gros plan lisent un texte en braille «Les yeux de Bianca», un livre pour sensibiliser les enfants à la déficience visuelle, a posé un défi de production, car personne n’est spécialisé dans ce type d’impression en Suisse romande.

En octobre est paru Les yeux de Bianca, un livre pour sensibiliser les enfants à la déficience visuelle. En amont, les imprimeurs ont fourni un travail colossal pour imprimer en braille, une technique inédite en Suisse romande. Reportage photo chez le sérigraphe Thierry Charbonney, qui a relevé le défi. 

Un défi de taille: en Suisse romande, personne n’est spécialisé dans l’impression en braille

Les pages défilent dans une machine cylindrique.
À la sérigraphie Charbonney, les premières pages du livre «Les yeux de Bianca» défilent en série dans la machine cylindrique.

«Je n’avais jamais entrepris un tel projet. Pourtant, ici, on est habitué aux commandes spéciales!» Thierry Charbonney dévoile les locaux de son entreprise, la sérigraphie Charbonney, à Satigny, avec la passion de celui qui a plus de trente ans de carrière derrière lui. Des encres de toutes sortes et de toutes les couleurs s’alignent sur de gigantesques étagères, flanquées par d’immenses machines qui s’activent à un rythme infatigable. «Nous avons déjà collaboré avec les Éditions Loisirs et Pédagogie pour le projet du livre-audio Peter Pan, avec l’encre ‘magique’ qui disparaît lorsqu’on la frotte, mais là, c’est un tout autre niveau de difficulté.» Pour Les yeux de Bianca, un livre pour sensibiliser les enfants à la déficience visuelle, la production a posé un défi de taille. Et pour cause, en Suisse romande, personne n’est spécialisé dans l’impression en braille.

L’impression en braille, un défi

La difficulté de ce type d’impression réside essentiellement dans la confection des pochoirs. En effet, ces derniers assurent la bonne définition du point ainsi que du relief. Il faut également trouver le juste équilibre en machine pour que l’écriture soit bien lisible avec les doigts, sans endommager le support. Courvoisier, l’imprimeur des Éditions Loisirs et Pédagogie pour ce projet, s’est mis à la recherche d’un partenaire capable d’imprimer en braille. «Nous avons demandé à Thierry de se charger du projet, car il s’y connaît dans l’impression en relief, explique Christophe Renggli, responsable commercial chez Courvoisier. Mais aucun de nous ne réalisait l’ampleur des difficultés de production, surtout quand on garde en tête que les caractères doivent avoir assez de relief pour être lus par une personne non-voyante ou malvoyante.» Dans un premier temps, l’imprimeur biennois a procédé à l’impression offset des formes, avant de les transmettre à Charbonney pour qu’il appose les éléments en relief.

«L’écriture braille est séquentielle. Il n’y a jamais de vision d’ensemble, d’où la nécessité d’avoir un bon relief et un point aussi délimité que possible.»

Julien Conti, non-voyant de naissance, teste le rendu de l'impression en braille chez le sérigraphe.
Julien Conti, non-voyant de naissance, teste le rendu de l’impression en braille.

Aujourd’hui, pour tester les dernières épreuves avant l’impression finale, Julien Conti, non-voyant de naissance, est venu donner son expertise. Avec dextérité, ses mains courent sur le braille et les dessins en relief. «La qualité est excellente. Le point est précis et ressort bien sous le doigt.» Il souligne que, dans certains cas, il lui est parfois difficile de lire les caractères en braille que l’on rencontre au quotidien, par exemple sur certains médicaments. «Les entreprises manquent de connaissances et de moyens techniques pour fournir une qualité suffisante. Contrairement à ‘l’écriture noire’ des bien-voyants, l’écriture braille est séquentielle. Le texte se dévoile point par point, ligne par ligne. Il n’y a jamais de vision d’ensemble, d’où la nécessité d’avoir un bon relief et un point aussi délimité que possible.»

Une machine impressionnante

Son aval donné, l’impression en machine est lancée. Thierry Charbonney nous montre les huit cadres qui présentent les dessins en relief du livre. «Chacun a nécessité plusieurs essais. À chaque fois, on compte plus de deux heures de travail.» Ensuite, ces derniers sont fixés à l’impressionnante machine cylindrique, qui fait défiler les pages sur un rouleau. L’encre s’infiltre dans les pochoirs et se dépose sur les feuilles, qui défilent en série. Prochaine étape, elles passent en série sous les lampes UV, qui sèchent l’encre instantanément. Et le tour est joué!

En voyant les pages s’empiler les unes sur les autres, Thierry Charbonney et Christophe Renggli sont heureux de voir leurs efforts couronnés de succès. «Malgré les difficultés liées au projet, je suis heureux de l’avoir fait, dit le sérigraphe dans un sourire. Au moins, maintenant, je peux ajouter l’impression en braille au curriculum de mon entreprise!»

 

La sérigraphie, qu’est-ce que c’est?

Le sérigraphe est un imprimeur spécialisé dans l’impression avec des pochoirs. L’encre coule dans les cadres et se répartit de manière plus ou moins concentrée sur des points précis du matériau utilisé. Ce procédé d’impression permet de travailler sur une grande variété de supports, dont le bois, le papier, les plastiques souples et durs, le verre ou le verre acrylique (plexiglas), et bien d’autres encore.

Détail du livre «Les yeux de Bianca», de Marie Sellier et Catherine Louis.
Détail du livre «Les yeux de Bianca», de Marie Sellier et Catherine Louis. L’écriture braille apparaît sur la page de droite.

Les yeux de Bianca

Les yeux de Bianca

Illustré par Catherine Louis et écrit par Marie Sellier, Les yeux de Bianca raconte l’histoire d’une enfant curieuse et pleine de vie. Comme tous les enfants, Bianca découvre le monde et ses merveilles. Comme beaucoup, elle est accompagnée d’un ami imaginaire. Pourtant, elle n’est pas tout à fait comme les autres, car elle voit autrement qu’avec les yeux.

Destiné à tous les enfants, ce livre montre comment les malvoyants et aveugles perçoivent leur environnement. Il a pour but de sensibiliser à la différence et à l’intégration des enfants malvoyants, afin de permettre une meilleure compréhension de chacun.

Pour aller plus loin

  • Une visite dans le monde méconnu du Centre pédagogique pour élèves handicapés de la vue (CPHV), partenaire du projet
  • Catherine Louis se livre sur le projet et le métier d’illustratrice