6 vertébrés menacés d’extinction

Arbre généalogique des vertébrés, tiré de l'ouvrage «Atlas des vertébrés: de leurs origines à nos jours», d’Arthur Escher et Robin Marchant. La vie sur Terre traverse probablement une nouvelle extinction de masse, en raison, cette fois, des activités humaines. La précédente, causée par la chute d'une imposante météorite, a eu lieu il y a 65 millions d'années et a marqué la fin du règne des dinosaures.

Chaque espèce vivante a évolué d’une façon apte à vivre sur la Terre. À l’heure où la biodiversité mondiale est menacée par les humains, il est utile de rappeler ce qui est perdu quand une espèce disparaît. Portrait de 6 vertébrés uniques et, peut-être, dinosaures de demain.

«Le génome d’une espèce est une sorte de manuel, une réponse à la question de comment vivre sur notre planète. Quand elle s’éteint, ce manuel est perdu.»

Il y a 66 millions d’années, le volcanisme des trapps du Deccan, en Inde, ainsi que la chute d’une ou plusieurs météorites – dont celle de Chicxulub au Mexique – ont mené à la disparition presque totale des dinosaures et de 85% des espèces vivantes. Aujourd’hui, à l’ère de l’Anthropocène, nous vivons probablement une extinction de la même ampleur, causée, cette fois, par les êtres humains. Chaque jour, la liste des espèces menacées s’allonge. Un fait loin d’être anodin. Selon les termes d’Elizabeth Kolbert, auteure de La 6e extinction, livre récompensé par le Prix Pulitzer: «Le génome d’une espèce est une sorte de manuel, une réponse à la question de comment vivre sur notre planète. Quand elle s’éteint, ce manuel est perdu. Nous sommes en quelque sorte en train de détruire une bibliothèque. La bibliothèque de la vie.» À moins d’adopter des comportements plus responsables, tout ce savoir sera détruit. Voici une liste de 6 vertébrés qui ont chacun trouvé une façon unique – et en péril – d’habiter le monde. 

1. Girafe

Illustration de girafe
Illustration d’Arthur Escher

Haute de 5 à 6 mètres, la girafe est le plus grand animal du monde. Il est aussi l’un des mammifères les plus silencieux. Si les éléphants ou les dauphins disposent de leur propre langage, les scientifiques se demandent encore comment fait cet animal social pour communiquer avec ses congénères. En outre, le débat est toujours ouvert quant à la raison de son long cou, que ce soit pour se nourrir, se battre entre mâles ou disposer d’une meilleure vue pour se prémunir contre les prédateurs. Selon des spécialistes, il pourrait aussi résulter dune nécessité pour boire, car elles ont beaucoup de difficulté à se mettre à genou. Il est donc probable que, pendant leur évolution, le cou se soit rallongé progressivement au fur et à mesure que leur taille augmentait.

Si on a longtemps pensé que les espèces de girafes étaient plus ou moins homogènes, les experts s’accordent maintenant à dire qu’il existe quatre espèces distinctes: la girafe réticulée, la girafe masaï, la girafe du Nord et la girafe du Sud. Parmi elles, les trois premières sont menacées d’extinction. En tout, seuls 110’000 girafes – toutes espèces confondues – subsistent encore dans la nature. En cause principale, la perte de leur habitat due à la démographie humaine, toujours croissante. Toutefois, face au danger qui les guette, les gouvernements ne restent pas inactifs. Ainsi, au Niger, une action menée en 2019 avait pour but de capturer huit mâles et femelles pour créer une nouvelle population de girafes du Nord dans la réserve de Gadabedji.

2. Baleine franche d’Atlantique du Nord

Illustration de baleine franche
Illustration d’Arthur Escher

Cousine de la girafe ou de l’hippopotame, la baleine franche descend, comme les autres cétacés, d’un ancêtre commun appelé le Protungulatum, un petit mammifère de 30 cm de long. À la suite du Crétacé, les deux branches se sont séparées, certains mammifères développant des nageoires pour retourner dans l’eau. Parmi les Mysticeti, ou baleines à fanons, la baleine franche d’Atlantique du Nord est menacée à cause du trafic maritime intense et des lignes de pêche de homards qu’elles rencontrent sur leur voie migratoire de l’océan Atlantique. Le nombre actuel s’élèverait à 400, dont seulement une centaine de femelles adultes. Ces géantes, dont la taille varie de 12 à 18 mètres, se retrouvent emmêlées dans les lignes, causant des problèmes de reproduction ainsi qu’une mort par faim ou noyade. Afin de pallier ce problème, des dispositifs de pêche sans ligne sont en phase de test au Canada et aux États-Unis. L’idée est de déclencher un système acoustique permettant de faire remonter le piège à la surface, sans laisser des lignes tendues entre les bouées de pêche et les fonds marins.

3. Rhinocéros

Illustration de rhinocéros
Illustration d’Arthur Escher

Aujourd’hui, il ne reste qu’environ 27’000 rhinocéros à l’état sauvage. Proche cousin d’animaux comme le cheval, l’âne ou le zèbre, le rhinocéros compte cinq espèces différentes, dont trois sont en danger critique d’extinction: le rhinocéros noir, le rhinocéros blanc, le rhinocéros indien, le rhinocéros de Java et le rhinocéros de Sumatra. Parmi elles, la sous-espèce de rhinocéros blanc du Nord est déjà éteinte: Sudan, le dernier représentant mâle de son espèce, est décédé en mars 2018 au Kenya à l’âge de 45 ans. En outre, le rhinocéros de Sumatra, éteint en Malaisie, ne compte plus qu’une centaine d’individus en Indonésie.

Toutes les espèces de rhinocéros sont braconnées pour leur corne, dont les vertus aphrodisiaques sont attribuées, à tort, à la durée de leur accouplement, qui peut durer jusqu’à une demi-heure. Prisées sur les marchés chinois et vietnamien, elles ne sont en réalité composées que de kératine, la même matière qui constitue nos ongles et nos cheveux.

4. Tortue marine

Illustration de tortues
Illustration d’Arthur Escher

Comme les crocodiles, les tortues nageaient déjà dans les mers au temps de dinosaures, il y a plus de 100 millions d’années. Elles sont les rares survivantes de cette période, avec quelques dinosaures volants (oiseaux), lézards, serpents, crocodiles, mammifères de petite taille et de nombreuses familles de poisson. L’extinction de la fin du Crétacé a vu la disparition des espèces de tortues surdimensionnées telles que l’Achelon, qui pouvait mesurer jusqu’à 5 mètres. Tout comme sa cousine moderne, la tortue luth, elle était dotée d’une carapace flexible, recouverte d’un épais tissu de peau. Toutefois, les humains pourraient avoir raison de ces guerrières des océans. Aujourd’hui, les sept espèces de tortues marines sont menacées d’extinction, parmi lesquelles les tortues couanne, franche et imbriquée. En cause, les accidents dus aux filets de pêche, le braconnage d’œufs, la destruction des lieux de nidification et la présence de plastique dans les océans, qu’elles confondent avec des méduses, l’une de leur source principale de nourriture.

5. Pangolin

Illustration de pangolin
Illustration d’Arthur Escher

Dernier représentant de l’ordre des pholidotes, une branche de mammifère d’origine nord-américaine et eurasienne, le pangolin est un lointain cousin du panda roux, du putois, de la belette ou du blaireau, dont la branche s’est séparée à la fin du Crétacé avec leur dernier ancêtre commun, le Cimolestes. Ce timide animal insectivore est caractérisé par des plaques protectrices en kératine recouvrant sa peau, qui lui confère un aspect semblable au tatou, ainsi que par une langue presque aussi longue que son corps, qu’il déploie pour se nourrir. Présent en Asie et en Afrique, il est représenté par huit sous-espèces, toutes menacées d’extinction.

À l’instar du rhinocéros, il est chassé pour ses écailles, réputées – à tort – détenir des vertus curatives dans la médecine chinoise. Devant le nombre déclinant de la population en Asie du sud-ouest (Chine, Vietnam, Thaïlande, Indonésie, etc.), le braconnage se concentre désormais en Afrique, notamment au Cameroun et au Niger, où les pangolins constituent aussi une source de nourriture pour la population locale. Vu l’importance de la demande, il est difficile d’enrayer ce trafic juteux, dont l’Europe constitue la place tournante entre l’Afrique et le marché chinois. L’espèce dépérissant en captivité, elle pourrait disparaître complètement d’ici quelques années faute de mesures efficaces.

6. Requin mako

Illustration de requin mako
Illustration d’Arthur Escher

Les requins appartiennent à la famille des chondrichthyens (du grec chondros, qui signifie cartilage). Les poissons cartilagineux ont un squelette bien plus léger que les poissons osseux comme la murène, l’anguille ou le silure. Par ailleurs, ils n’ont pas de vessie natatoire. Pour se stabiliser à différentes profondeurs, ils utilisent l’huile de leur foie, en augmentant ou en diminuant sa quantité. Descendant du gigantesque Carcharocles megalodon, géant de 15 à 20 mètres du Miocène, le requin mako est le plus rapide du monde. Avec son corps profilé et son nez en forme de pointe, cette «torpille» marine peut nager jusqu’à 56 km/h pour attraper des bancs de thons, soit 8 km/h de plus que le grand requin blanc.

Si les requins ont été l’objet de nombreuses peurs depuis la sortie du film Les dents de la mer en 1975, ils ont beaucoup plus à craindre des êtres humains. Pêchées pour leur viande et leurs ailerons, ainsi que pour le sport, les deux sous-espèces de requin mako sont désormais en voie d’extinction, notamment en Méditerranée, où la population a chuté de plus de 50% en 75 ans. Devant l’urgence de la situation, de nouvelles mesures de protection ont été adoptées à Genève en août 2019 lors de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

Atlas des vertébrés: de leurs origines à nos jours

Couverture de l'nouvelle édition 2019 de L’Atlas des vertébrés: de leurs origines à nos jours

Les illustrations de cet article sont tirées de notre Atlas des vertébrés: de leurs origines à nos jours, d’Arthur Escher et Robin Marchant.

Cet ouvrage permet de découvrir l’arbre généalogique des vertébrés, et de suivre les liens de filiation et les changements de formes au fil du temps.

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