Sébastien Descloux, ancienne tête blonde de Sautecroche

Portrait de Sébastien Descloux à l'entrée de sa ferme natale. Sébastien Descloux, l’un des onze solistes de la Fête des Vignerons, a commencé sa carrière de chanteur avec Sautecroche.

Sébastien Descloux est chanteur, éducateur social et agriculteur. Cette année, il était l’un des onze solistes de la Fête des Vignerons. Une vocation qui a pris racine avec son expérience de chanteur Sautecroche alors qu’il était enfant. Retour sur un parcours placé sous le signe de l’écoute.

Quand on rencontre Sébastien Descloux, on peine à reconnaître dans ce grand gaillard la petite tête blonde de la photo du chœur de Sautecroche! Vingt-cinq ans plus tôt, à 11 ans, il intégrait le groupe formé par Marie Henchoz pour chanter les tubes de sa série à succès. Pour celui que l’autrice-compositrice appelait déjà l’«armailli», le parcours de chanteur ne fait pourtant que commencer. En 2019, le sobriquet donné par son ancienne maîtresse prend des allures de prémonition: il devient l’un des onze solistes de la Fête des vignerons. À 36 ans, il partage désormais sa vie entre un emploi d’éducateur social à Yverdon et son occupation de chanteur à l’Opéra de Lausanne ainsi que dans d’autres formations chorales. En parallèle, il assiste son père dans la gestion de la ferme familiale, un domaine de 37 hectares situé à plus de 1000 mètres d’altitude, où il cohabite avec 35 vaches laitières. Malgré le fait qu’il a gagné en carrure et en âge, les souvenirs de Sautecroche ne l’ont jamais tout à fait quitté.

On oublie souvent que le chant dans les chœurs – même pour les hommes – est une tradition suisse.

Une enfance à la ferme

Blasons de foires agricoles
Sur le mur de la ferme, les blasons des foires auxquelles la famille a participé.

À l’époque, il habitait déjà dans cette ferme du Châtelard, petit village fribourgeois de 370 habitants. Entouré de ses parents et de ses grands-parents, Sébastien Descloux grandit dans un univers suisse traditionnel, cher au cœur de Marie Henchoz, native du Pays-d’Enhaut. L’école et le village étant situés à quelques kilomètres du domaine, son père l’amène en voiture en même temps que sa livraison quotidienne à la laiterie. Au retour, c’est souvent à vélo qu’il reprend le chemin de chez lui. «C’était une enfance très heureuse, au plus proche de la nature. Je me souviens d’après-midis entiers en forêt, passés à construire des cabanes.» Dans cet univers paysan, le chant tient une place importante. Comme le tir, on oublie souvent que le chant dans les chœurs – même pour les hommes – est une tradition suisse.

«Les gens de la terre sont des taiseux, et le chant était un moyen pour eux de s’exprimer. Mes grands-parents chantaient, ma maman aussi. En revanche, et en dépit de ses meilleurs efforts, mon père chante comme une casserole», précise-t-il en souriant. Dans ce petit village catholique, où tout le monde se connaît, il évoque une «quasi-obligation» de se rendre à la messe. Accompagné de l’orgue, il fait ses premiers pas de chanteur dans le chœur mixte de l’église, souvent avec sa mère, à plusieurs voix.  Une expérience qui le pousse à intégrer la fanfare du village, où il fera sept ans de cornet, et un chœur d’enfant à l’âge de 8 ans.

Les anciennes éditions des albums de Sautecroche
Les anciennes éditions des albums de Sautecroche sur lesquels Sébastien a chanté.

En 1994, Sébastien Descloux fait la découverte de l’univers de la maman de Sautecroche par le biais de son professeur de primaire. «Il me donnait souvent des solos à l’école. Un jour, il m’a montré un papillon invitant des jeunes chanteurs à se présenter pour chanter sur ses prochains albums.» L’audition est à Lausanne. Accompagné de sa mère, Sébastien se rend pour la première fois «dans la grande ville» pour chanter «Le petit chevrier». Marie Henchoz témoigne encore de sa joie de découvrir ce talent qui, déjà à l’époque, sortait du lot. «Quand j’ai appris qu’il habitait si loin, j’étais d’abord désemparée. Mais nous avons trouvé une solution: sa mère se chargeait du trajet de l’aller, et je le ramenais au Châtelard après les répétitions – j’y tenais tellement!»

«Nous passions du jazz au rock, de la valse musette au didgeridoo. Et ce n’était pas grave si tout ne nous plaisait pas, l’essentiel était de découvrir de nouvelles choses.»

L’expérience formatrice de Sautecroche

Pour celui dont le premier directeur de chœur avait déclaré qu’il «chantait faux», c’est une consécration précoce. «Tout était nouveau! Moi qui n’étais familier qu’avec le registre de la fanfare et des chants traditionnels, je découvrais les arrangements de Lee Maddeford, d’une grande richesse. Nous passions du jazz au rock, de la valse musette au didgeridoo. Et ce n’était pas grave si tout ne nous plaisait pas, l’essentiel était de découvrir de nouvelles choses.» Ils répètent aux Clées, dans la maison d’Antoine Auberson, le directeur de chœur de Sautecroche, où les enfants alternent répétitions et goûters de tartines au Parfait. Avec, au centre de ce petit univers, la figure pétillante Marie Henchoz.

Gros plan sur les albums-CD Sautrecroche 5 à 7 posés sur une table.
La collection Sautecroche, une série de livres-CD destinée aux enfants, richement illustrée par Annick Caretti.

Encore aujourd’hui, Sébastien parle avec énormément d’affection de la créatrice de Sautecroche. «Pour moi, elle est inclassable, entre amie, maman et mamie. Elle était toujours disponible, toujours souriante. Une belle rencontre, tout simplement.» Parmi la foule de chansons que la compositrice a créées, il retient «Le clochard», qu’il a chantée sur l’album 6.

Sautecroche lui amène une première expérience professionnelle avec les enregistrements dans le studio de l’École de jazz et de musique actuelle de Lausanne (EJMA). «Nous avons appris très tôt la rigueur de l’écoute et le travail au sein du groupe aux côtés de musiciens professionnels. Je me rappelle encore l’émerveillement devant tous ces boutons d’ingénierie du son! Et pour la première fois, on entendait ce que donnait sa propre voix.» Le jeune garçon chante sur les albums 5, 6 et 7, avant que sa voix ne mue et ne le contraigne à quitter le groupe, véritable pépinière de talents en devenir. Outre Sébastien, plusieurs membres ont percé dans la culture: Marie Jaermann est devenue soliste à un niveau international sous le nom de Marie Lys, tandis que Clément Bugnon a fondé la compagnie de danse contemporaine Idem.

«Dans le chant comme dans l’art, tout est toujours perfectible. On est face à soi-même et, en même temps, face aux autres.»

L’écoute au cœur

En effet, si sa voix n’est plus la même, la passion du chant demeure et survit aux années. De son propre aveu, il «n’arrive pas à lâcher» et multiplie les expériences dans les chœurs au-delà de l’école obligatoire, que ce soit au secondaire II ou, plus tard, au cours de ses formations d’agriculteur et d’éducateur social. Cette vocation le pousse à remonter le chœur d’hommes La Cantilène de Fribourg, alors en passe de mourir faute de renouvellement de membres. «J’ai fait baisser la moyenne d’âge de plusieurs dizaines d’années, témoigne-t-il dans un sourire. Cela faisait plaisir à ces messieurs de voir un petit jeune débarquer en perfecto sur son vélomoteur!» 

En 2019, une nouvelle reconnaissance vient avec la Fête des vignerons, puisqu’il est choisi parmi plus d’une centaine de candidatures pour interpréter «Le ranz des vaches», une chanson fribourgeoise liée à la terre – un clin d’œil à ses attaches terriennes.

Aujourd’hui, il continue à conjuguer ses différentes activités de chanteur, d’agriculteur et d’éducateur social. Dans cette vie bien remplie, que lui apporte le chant? Sébastien réfléchit un moment, avant de répondre avec une assurance empreinte de sérénité: «Un équilibre. Dans le chant comme dans l’art, tout est toujours perfectible. On est face à soi-même et, en même temps, face aux autres. Il s’agit sans doute du fil rouge de mon parcours: l’écoute de soi et des autres.»

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