L’île de Victor: un livre pour sensibiliser les enfants à l’autisme

L’album jeunesse «L’île de Victor» de Marie Sellier et Catherine Destiné à tous les enfants, «L’île de Victor» de Marie Sellier et Catherine Louis raconte l’histoire d’un garçon atteint d’un trouble de l’autisme.

L’auteure Marie Sellier et l’illustratrice Catherine Louis allient à nouveau leurs talents avec L’île de Victor, un album jeunesse destiné à sensibiliser les enfants à l’autisme. Instigatrice du projet et directrice des Éditions Loisirs et Pédagogie, Nathalie Kücholl Bürdel revient sur l’origine de ce livre qui a pour but de mieux comprendre la différence.  

C’est en faisant un pas l’un vers l’autre que le lien est possible, et les livres peuvent aussi jouer ce rôle. 

Il s’agit d’un livre publié à la veille du confinement, à l’heure du grand repli sur soi. Justement, il raconte l’histoire d’un enfant isolé sur une île. Pourtant, il grandit comme les autres, souhaite faire entendre sa voix et apprendre. Mais cet apprentissage, Victor l’appréhende d’une autre manière, car il est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. 

Après Les yeux de Bianca en 2018, destiné à faire connaître la malvoyance, L’île de Victor offre un éclairage sur l’univers de l’autisme. Destiné à tous les enfants, cet ouvrage permet de saisir comment les personnes autistes ressentent ce quotidien que nous partageons. Les riches illustrations de Catherine Louis et l’écriture percutante de Marie Sellier donnent corps à une échappée tendre et poétique dans l’univers de l’autisme. Pourtant, derrière ce projet se trouve aussi Nathalie Kücholl Bürdel, directrice des Éditions LEP, qui insiste sur la nécessité de créer des outils d’intégration, afin que tous les enfants puissent s’épanouir et trouver leur place dans le monde. 

Nathalie Kücholl Bürdel, directrice des Éditions Loisirs et Pédagogie
Nathalie Kücholl Bürdel, directrice des Éditions Loisirs et Pédagogie.

Comment est née l’idée de cette collection? 

Nathalie Kücholl Bürdel: De mon expérience personnelle, quoique le catalogue de la maison ait toujours porté une attention particulière à l’intégration. En effet, Philippe [Bürdel, son époux et fondateur des éditions, aujourd’hui disparu] avait à cœur de publier des ouvrages favorisant l’apprentissage de tous les élèves, quelles que soient leurs différences ou leurs compétences scolaires. Toutefois, cette collection a en grande partie trouvé son impulsion de mon propre parcours, puisque mon petit frère Octavio, auquel nous avons consacré un livre en 2018, présente un trouble du spectre de l’autisme. Plus jeune, il souffrait énormément et était sujet à des crises impressionnantes, qui pouvaient faire peur même aux membres de notre famille. Pourtant, au fil du temps, nous avons appris à identifier la source de son angoisse et saisir qu’elle découlait d’une incompréhension et d’une perplexité réciproques de notre monde. D’où l’idée de trouver des moyens pour favoriser le dialogue et la compréhension de l’autre. 

Quel est votre propre rapport à l’autisme? 

Il est très intime, car influencé par la relation que j’entretiens avec mon frère. Toutefois, il faut rappeler qu’il existe autant de formes d’autisme que de personnes qui en sont atteintes. Si l’on a souvent à l’esprit des personnes surdouées, à l’image du personnage incarné par Dustin Hoffman dans Rain Man, le spectre de l’autisme recoupe des réalités très différentes. Dans le cas de mon frère, il parlait très peu étant enfant, se tapait parfois la tête contre le mur en se balançant d’avant en arrière. Il avait un rapport obsessionnel avec certains objets dont il refusait de se séparer. Par ailleurs, la communication avec autrui était entravée par une tendance à l’écholalie, c’est-à-dire le fait de répéter toujours les mêmes mots.  

Aujourd’hui, Octavio a fait beaucoup de progrès. Il s’exprime et a réussi à maîtriser beaucoup de ses angoisses. Surtout, il m’a beaucoup appris, particulièrement sur la nécessité d’être cohérente et authentique. Vu qu’il ne comprend pas qu’on se trompe ou qu’on mente, il m’amène à admettre mes faiblesses et à être toujours honnête avec lui, avec autrui – une leçon qui n’est pas toujours évidente dans nos sociétés européennes. 

Dans le monde d’aujourd’hui, quel est le rôle de projets comme L’île de Victor? 

Il est crucial, car de tels livres ouvrent à l’avenir. D’après mon expérience, c’est en faisant un pas l’un vers l’autre que le lien est possible et se consolide, même si cette impulsion est parfois compliquée et déroutante. Les livres peuvent aussi jouer ce rôle. Je suis convaincue qu’en éduquant les enfants quand ils sont petits, en les sensibilisant à ce genre de sujet, ils sauront mieux l’aborder plus tard, à l’âge adulte. Ils seront peut-être plus compréhensifs et sauront considérer la différence non comme un objet de peur, mais de curiosité et d’enrichissement. 

Pages de «L’île de Victor» de Marie Sellier et Catherine
«Il fait tourner les roues de son petit camion,/ Tourner et tourner jusqu’à s’étourdir, partir,/ Étourneau envolé dans le ciel immense.»

L’île de Victor résulte donc d’une commande de votre part. Comment avez-vous procédé au choix des auteures? 

Je connaissais et appréciais déjà énormément le travail d’illustration de Catherine Louis, avec laquelle nous avons collaboré sur de nombreux ouvrages, notamment la collection Amuse Bouches, qui propose une introduction pédagogique à la musique pour les enfants dès 3 ans. De son côté, elle avait collaboré avec Marie Sellier sur plusieurs livres. L’entente a été immédiate et, comme pour Les yeux de Bianca, nous avons élaboré le livre à trois, avec beaucoup d’échanges, de retours et de partage. On pourrait croire que la conception est plus facile avec un livre pour enfant. Or, c’est tout le contraire, car la simplicité du texte force à l’étudier de façon méticuleuse, le travail d’illustration étant sujet à de nombreuses expérimentations de forme et de technique. Pour L’île de Victor, il a fallu presque deux ans pour que le projet aboutisse. 

Comme dans le cas de nombreux livres, la publication de cet ouvrage a été entravée par le confinement. Quel regard portez-vous sur votre actualité éditoriale, et sur la suite? 

Un livre a toujours deux vies: sa conception dans l’ombre et sa présentation au monde. Dans le cas de ce titre, le coronavirus a balayé deux mois de travail de promotion. Le vernissage, les dédicaces et les rendez-vous presse, tout a été annulé. Toutefois, chez LEP, nous avons toujours eu pour but de travailler le fond de notre catalogue, afin de faire vivre nos livres aussi longtemps que possible. Nous avons donc remanié le calendrier éditorial et reprenons peu à peu l’ensemble de nos activités. Si la crise a considérablement bouleversé nos habitudes, ce qui nous a le plus manqué, ce sont les échanges avec nos auteurs et nos partenaires, parce qu’un livre se construit toujours à plusieurs. Le lien humain est au cœur de notre activité et j’aime à croire qu’il s’agit aussi de l’histoire que raconte L’île de Victor. 

Collection d’albums jeunesse «Comprendre la différence»
Après «Les yeux de Bianca» en 2018, destiné à faire connaître la malvoyance, «L’île de Victor» offre un éclairage sur l’univers de l’autisme.

Comprendre la différence 

Marie Sellier écrit des textes qui aident les enfants à grandir, à mieux se connaître et se comprendre. Catherine Louis illustre les textes en travaillant les matières et les formes simples.  

Ensemble, elles ont publié neuf livres, dont cette collection née d’une impulsion d’offrir aux enfants des clés pour mieux approcher la différence. Avec, toujours, un fil rouge au cœur des ouvrages: sensibiliser à l’altérité et mener à une meilleure compréhension de chacun. 

 

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