Fabienne Gay-Balmaz: quand la musique soigne

Photo d'une guitare sèche en perspective La guitare est un des instruments privilégiés de Fabienne Gay-Balmaz pour ses séances de musicothérapie.

Fabienne Gay-Balmaz exerce en tant que musicothérapeute. Durant des années, elle prend soin d’enfants en souffrance à l’aide de sa guitare, de sa voix et de ses instruments. Elle nous parle de cette activité dans le monde du non verbal.

Fabienne Gay-Balmaz
Fabienne Gay-Balmaz, musicothérapeute et auteure de la série «Chantilèges».

À l’entendre, on peut se mettre du baume au cœur en écoutant n’importe quelle mélodie, du chant des oiseaux à un morceau d’Orelsan. Une supposition qui n’est peut-être pas si saugrenue. Non contente d’animer l’un des petits chœurs de l’école de Montreux-Ouest, la musicienne Fabienne Gay-Balmaz a entrepris, il y a près de 20 ans, une formation de musicothérapeute. Son but: aider à travers la musique les enfants ayant des problèmes scolaires, une démarche non verbale pour celles et ceux qui ont de la peine à s’exprimer. La thérapeute montreusienne nous parle de cette méthode méconnue, avec un message en filigrane: la musique se passe de mots.

La musicothérapie permet d’exprimer les émotions au-delà du verbal.

En quoi consiste la musicothérapie?

De manière très simple, il s’agit d’une thérapie par la musique et les sons. Il y a plusieurs manières de travailler. Je privilégie l’approche active, où l’improvisation joue un rôle clé: on propose des instruments à l’enfant, qui se laisse inspirer par ce que les sons lui évoquent, informant de son état intérieur et des émotions présentes. Le thérapeute l’accompagne sur un autre instrument pour soutenir, stimuler, apaiser. Un vrai dialogue musical permet alors d’accueillir ses «confidences» non verbales. La musique lui permet ainsi d’extérioriser un vécu douloureux, sans dévoiler des traumatismes parfois difficilement exprimables par des mots.

Les patients doivent-ils avoir des connaissances en musique pour entreprendre ce genre de thérapie?

Non, au contraire, moins on a de connaissances, mieux c’est. Les musiciens ont tendance à utiliser ce qu’ils ont appris et à avoir de la peine à entrer en contact avec leur état émotionnel pour improviser ou sentir l’effet de la musique. L’analyse prend le pas sur le ressenti.

Musicothérapie
La musicothérapie permet aux enfants en difficulté d’exprimer leurs émotions de manière non verbale.

La musique possède-t-elle des vertus insoupçonnées?

La musique est le canal de communication le plus profond, au-delà du mental et du conscient. Les sons sont des vibrations qui ont une influence directe sur les gens. Ils touchent, qu’on le veuille ou non, permettant l’émergence d’émotions ou de souvenirs parfois profondément enfouis qu’il est ensuite possible de conscientiser et d’exprimer en musique. En fin de compte, la musicothérapie permet d’exprimer les émotions au-delà du verbal. À dire d’une autre façon.

Et s’il ne se passe rien?

Si on est patient, il se passe toujours quelque chose. Un silence peut être bien plus éloquent que n’importe quel son. Il m’est arrivé de passer quarante-cinq minutes dans le silence avec un patient rebelle, à écouter, ou tout au moins entendre, les sons extérieurs à la pièce. La musique est un langage universel qui «parle» à tous, de l’enfant à la personne âgée. Même quand une personne déclare ne pas aimer la musique, cela veut dire qu’elle ne reste pas insensible.

Y a-t-il un cas particulièrement marquant auquel vous avez été confrontée?

Celui d’une petite fille que j’ai accompagnée pendant deux ans. Bavarde au sein de sa famille, elle ne prononçait pas un mot à l’école enfantine, pas même avec ses camarades. Je l’ai prise en séance avec un autre camarade de classe, lui aussi très timide. Au début, ils allaient se cacher sous les chaises. Je maintenais le contact avec eux en improvisant sur un instrument ou en chantant, répondant à leurs bruits. Au fil des séances, j’ai commencé à les entendre murmurer entre eux, et ils sont sortis de leur refuge pour s’emparer des instruments. Enfin, la petite a fini par me parler et à s’exprimer aussi à l’école. Il s’est avéré qu’elle était mutique par souci de loyauté envers sa maman, qui ne parlait pas bien le français.

Et vous, quelle est votre chanson «antidote»?

Il m’est difficile de choisir! Mon choix dépendra du moment. La plupart du temps, je préfère me ressourcer en silence. Mais j’écoute souvent des morceaux du groupe celtique «Riverdance», dont les mélodies me revitalisent. Ce sont mes chansons «antidote». Bien sûr, tout l’intérêt réside dans le fait qu’elles sont différentes pour chacun.

Chantilèges

Les deux albums de Chantilèges
Les deux albums de «Chantilèges» de Fabienne Gay-Balmaz

Poussée par son amour de la musique, Fabienne Gay-Balmaz a sorti deux livres-CD aux Éditions Loisirs et Pédagogie: Chantilèges – la polka des chats et Chantilèges – les chouettes chaussettes.

Destinés aux enfants, parents, grands-parents, enseignants et directeurs de chœurs, ces deux albums proposent des chansons originales de l’auteure, ainsi que des pistes pédagogiques disponibles gratuitement en ligne. Ces activités offrent aux enseignants diverses idées pour que les enfants s’approprient les chansons d’une manière poétique et créative.

Pour en savoir plus sur la musicothérapie: