10 anglicismes invasifs qui ont impacté la langue française (et la Suisse romande)

Shop de dépannage littéraire ouvert 24h/ 24, illustration de Plonk & Replonk Shop de dépannage littéraire ouvert 24h/ 24. © Illustration Plonk & Replonk

Un virus invasif a impacté le monde entier? La phrase pose problème à plusieurs niveaux. Voici le ranking – pardon, le classement – de 10 anglicismes qui se sont invités dans l’usage du français courant.

Les notices de notre Petit lexique des belles erreurs de la langue française sont tirées du bulletin mensuel de l’Association suisse des journalistes francophones, publié depuis 1960. La date de parution originale permet de situer chaque fiche dans son contexte d’origine.

L’ouvrage est délicieusement illustré par Plonk & Replonk.

Métiers d’antan: livreur overbooké sur le déclin.
Métiers d’antan: livreur overbooké sur le déclin. © Illustration Plonk & Replonk

10. Ranking

«Il est pris dans un mouvement consistant à améliorer son ranking.» L’auteur de cet anglicisme aurait pu écrire (en français vulgaire) rang, place, classement, mais ranking… voilà qui vous place nettement en position avantageuse dans toute conversation tant soit peu relevée.

Bulletin d’octobre 2010

9. Supporter

Du correspondant de Montréal au Journal de Genève: «Les francophones ont élu des députés libéraux. Les anglophones ont surtout supporté des candidats conservateurs.» Du substantif anglais supporter («partisan», parfois francisé en supporteur) est dérivé le verbe supporter, totalement inutile puisqu’on a déjà soutenir, et prêtant souvent à confusion, vu les sens bien différents du verbe français.

Bulletin de juin 1979

8. Shop

Les usuels dits «de la langue française», qui accueillent favorablement les anglicismes shopping et sex-shop, ne reconnaissent pas le mot shop. Fâcheuse lacune qu’évite opportunément un journal syndical romand en évoquant une nouvelle réglementation sur l’ouverture nocturne des shops de stations-service. On peut suggérer aux rédacteurs francophones l’emploi des mots magasin, échoppe et même boutique, terme que les Anglais eux-mêmes ont adopté pour désigner un commerce de mode élégant et cher.

Bulletin de janvier 2013

La malédiction des coups de fil invasifs.
La malédiction des coups de fil invasifs. © Illustration Plonk & Replonk

7. Invasif

Un lecteur, protestant contre le démarchage publicitaire intempestif par téléphone, parle de téléphone «invasif». Confusion possible avec envahissant. Ou plutôt influence de l’anglais invasive «qui gagne du terrain, agressif». En français, l’adjectif invasif est un terme de médecine désignant une méthode d’exploration ou de soins nécessitant une lésion de l’organisme. Se dit aussi de tumeurs pouvant se propager: cancer invasif.

 

 

 

 

 

Bulletin de novembre 2008 

6. Booké

Ce terme vient de faire son apparition dans Le Robert Plus. De l’anglais booking «location, réservation», il signifie a) complet: tous les vols sont bookés; b) occupé: le dentiste est booké jusqu’à la fin du mois. Il peut être remplacé par: complet, loué, retenu, plein, comble, occupé, pris.

Bulletin de décembre 2007

5. Initier

Alain Duhamel sur Europe 1: «La conférence sur la paix au Moyen-Orient, initiée par les États-Unis…» Initier signifie mettre quelqu’un au courant de choses d’accès difficile; être le premier à instruire quelqu’un: c’est lui qui m’a initié à cette technique. C’est sous l’influence de l’anglais qu’on utilise ce verbe au sens de «prendre l’initiative». Dans cette langue, en effet, to initiate signifie initier, mais aussi commencer, lancer, entreprendre.

Bulletin de novembre 1991

4. Implémentation

Cet anglicisme abonde actuellement dans la presse économique et financière. Ainsi, la revue Bilan nous offre cette prose: «Motif allégué: le manpower nécessaire pour l’implémentation de nouveaux sponsors.» Ce terme, désignant à l’origine l’installation d’un logiciel ou d’un système d’exploitation sur un ordinateur, semble s’être étendu à d’autres domaines. En bon français, on lui préfèrera: implantation, installation, pose, mise en place, en œuvre, en application.

Bulletin de novembre 2001

3. Fit

«Je fais pas mal de jogging pour rester fit» déclare un jeune sportif. Entre d’innombrables acceptions le mot fit peut signifier en bonne santé, en pleine forme. Mais se soucie-t-on, dans nos médias, de la bonne santé de notre langue?

Bulletin d’octobre 2013

2. Déodorant

Cet anglicisme est accueilli sans réserve par les usuels (Robert, Larousse, Bordas): produit qui supprime l’odeur de la transpiration. La langue française préfère le préfixe dés– à la forme – devant une voyelle. Cela justifie le rejet de déodorant au profit de désodorisant. L’anglicisme déodorant n’est du reste pas en odeur de sainteté dans le Dictionnaire de l’Académie: «Anglicisme à éviter. On doit dire désodorant. »

Bulletin de novembre 2012

Boursicoteur-obus s’en allant impacter le cours de la bourse.
Boursicoteur-obus s’en allant impacter le cours de la bourse. © Illustration Plonk & Replonk

1. Impacter

«Même si le cours actuel se maintenait pendant deux ans, cela n’impacterait pas sensiblement notre taux de croissance.» Cette déclaration d’un ministre français introduit un néologisme, impacter, inconnu des dictionnaires et qui connaît actuellement une vogue grandissante. Du verbe anglais to impact «enfoncer, presser dans quelque chose», impacter se dit (abusivement) pour tout ce qui a un impact, qui provoque un heurt, un effet violent, qui a une action brutale, une vive répercussion, un retentissement, qui frappe, touche, marque, pénètre ou influence profondément, laisse une trace d’un effet durable. En français: frapper, atteindre, choquer, secouer, toucher, heurter, influer sur, influencer, forcer, pénétrer, percuter, ébranler, imprégner.

Bulletin de janvier 2007

 

Un petit lexique pour pinailler (et briller en société)

Quelle est la différence entre naguère, autrefois et jadis? Comment prononce-t-on le mot gageure? D’ailleurs, vaut-il mieux couper ou fendre un cheveu en quatre?

Destiné aux amoureux du mot juste, cet ouvrage présente une sélection de 300 des plus belles erreurs de la langue française, repérées dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision au fil des ans par l’Association suisse des journalistes francophones. Ces petites pépites, parfois piquantes, toujours pertinentes, sont accompagnées des illustrations baroques de Plonk & Replonk.

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