Les 10 plus belles erreurs de français entendues à la radio

Illustration de plonk & Replonk 1967 - Réouverture du fameux tunnel du col de La Vue des Alpes - Plonk & Replonk

Le Petit lexique des belles erreurs de la langue française (et de Suisse romande) recense plus de 300 contresens, pléonasmes et autres atteintes aux règles de la langue française, repérées dans les journaux ou à la radio. Voici le ranking – pardon, le classement – des 10 erreurs les plus fréquemment entendues sur les ondes.

Les notices ci-dessous sont tirées du bulletin mensuel de l’Association suisse des journalistes francophones, publié depuis 1960. La date de parution initiale permet de situer chaque fiche dans son contexte d’origine.

L’ouvrage est délicieusement illustré par Plonk & Replonk.

1. Avant que/après que

Ces deux locutions conjonctives ne se construisent pas avec le même mode. Avant que annonce un fait futur et exige le subjonctif: «J’avais fini mes jours avant qu’Ulysse partît» (Fénelon). En revanche, après que, annonçant un fait accompli, passé, se construit avec l’indicatif: «On cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé» (Les Femmes savantes, Molière, 1672).

Bulletin de juillet 2001

2. Mitigé

«Le temps restera mitigé au cours de la semaine» prévoit le bulletin météorologique. Le verbe mitiger (du latin mitigare) signifie adoucir, tempérer, atténuer, calmer. Est-ce par attraction de mitigeur (signifiant mélangeur) que l’adjectif mitigé est si souvent employé pour qualifier, à tort, un temps inégal, variable, incertain? En bon français, mitigé ne saurait qualifier qu’un temps adouci, devenu plus clément.

Bulletin d’août 2001

3. Sous un faux prétexte

«La salle avait été louée sous un faux prétexte.»
 Prétexte (du latin praetextus «action de mettre devant, allégation pour excuse») désigne un motif fabriqué, une mauvaise raison, une cause simulée, une raison apparente destinée à cacher le véritable motif. Un prétexte peut être bon, mauvais, plausible ou fallacieux, mais un prétexte étant déjà une fausse raison, un faux prétexte est un pléonasme à éviter. On dira: chercher un prétexte, alléguer de mauvaises raisons.

Bulletin d’avril 2010

Illustration de Plonk & Replonk
Portrait de l’illustrateur faux-cul du présent ouvrage en insérant un vrai sous un faux prétexte – Plonk & Replonk

 4. Adversité

«Le vainqueur avait une adversité largement à sa portée.» L’emploi de ce nom comme synonyme d’adversaires ou d’opposition semble devenu indéracinable chez certains journalistes sportifs. Adversité (du latin adversus «opposé, contre») signifie sort contraire, fortune adverse, infortune et (par extension) détresse, disgrâce, malheur, situation malheureuse due à une suite de revers.

Bulletin de mars 2007

5. Modérer

À propos d’un débat public sur le service civil: «Le débat sera modéré par le journaliste Jean-Philippe Rapp». Aux États-Unis, moderator désigne celui qui préside un débat télévisé. En français, modérer ne signifie rien d’autre que diminuer l’intensité, réduire à une juste mesure. On préside un débat.

Bulletin de juin 1992

6. Rouvrir

Il ne se passe presque pas de jour sans qu’on entende une phrase de ce genre:
«Le tunnel de la Vue-des-Alpes est réouvert à la circulation», «Les travaux de réfection étant terminés, le casino a réouvert ses portes». Il n’existe pas de verbe «réouvrir». On doit donc dire: on vient de rouvrir la route; la plaie s’est rouverte; cette expérience lui a rouvert les yeux.

En revanche, le substantif dérivé de rouvrir est réouverture (et non rouverture).

Bulletin de février 2000

7. S’incliner

Plusieurs présentateurs de la Radio suisse romande, lorsqu’ils donnent des résultats sportifs après les informations, usent de cette formule insolite: «Dübendorf s’est incliné face à Coire par 3 à 5.» En français, on s’incline devant quelqu’un ou quelque chose: Dübendorf s’est incliné devant Coire; s’incliner devant un argument.

Bulletin de mars 1986  

Illustration de Plonk & Replonk
La Pinaillette®, machine à couper les cheveux en quatre. Une conception complexe, d’un maniement enfantin – Plonk & Replonk

8. Rocade

On a beaucoup parlé de «rocades» lors de l’affaire qui a secoué le gouvernement vaudois, à propos des changements de titulaires de départements. Rocade: ligne parallèle au front de combat, pour assurer les liaisons; par extension, route qui contourne une agglomération. Même si ce terme vient du verbe roquer (jeu d’échecs), la manœuvre en question s’appelle un roque.

Bulletin d’avril 1996

9. Velléité

Le commentateur sportif d’un match de rugby affirmait n’avoir «jamais vu autant de velléités en attaque».
 En voulant louer la vitalité offensive des équipes en présence, il disait le contraire de ce qu’il croyait exprimer. Velléité se dit d’une intention peu ferme, qui n’aboutit pas, d’une volonté faible, hésitante, inefficace. La confusion provient probablement de la relative paronymie volontaire/velléitaire.

Bulletin d’août 2005

10. Gent féminine

«À la radio romande, nous écrit une lectrice, j’ai entendu plus d’un animateur parler de la gente féminine.»
 Gent (du latin gens, gentis «peuple, race») est un collectif féminin: la gent féminine; la gent ailée. L’emploi est souvent ironique: la gent littéraire; la gent épicière.

Bulletin de janvier 1994

Le Petit lexique des belles erreurs de la langue française (et de Suisse romande), illustré par Plonk et Replonk, a été publié aux Éditions Loisirs et Pédagogie en 2015.

 

Pour aller plus loin: