Olivier Babel, ingénieur de la «tour» du livre suisse

Portrait d'Olivier Babel à son bureau Olivier Babel, secrétaire général de l’Association suisse des diffuseurs, libraires et éditeurs (Asdel, bientôt rebaptisée Livre suisse).

Fort de plus de trente ans de carrière dans le milieu du livre, Olivier Babel est secrétaire général de l’Association suisse des diffuseurs, libraires et éditeurs (Asdel, bientôt rebaptisée LIVRESUISSE) depuis 2017. Sa mission: représenter les intérêts des différents métiers du livre en Suisse et à l’étranger. Portrait d’une personnalité discrète et engagée.

Son nom de famille semblait le destiner à une carrière dans l’édition. Pourtant, son projet n’est pas une tour de la discorde, mais bien de la fédération des différents métiers du livre. À près de soixante ans, Olivier Babel est secrétaire général de l’Association suisse des diffuseurs, libraires et éditeurs (Asdel), dont le siège se trouve à l’avenue de la Gare 18, à Lausanne. La mission de l’association est simple: représenter et fédérer les différents métiers du livre suisse autour de buts communs. Aujourd’hui, elle compte 114 membres représentés par un comité central, qui chapeaute l’ensemble des activités, ainsi que les comités des trois pôles professionnels. Nathalie Kücholl Bürdel, directrice des Éditions LEP, siège d’ailleurs au comité éditeur depuis 2017. Avec, au centre de l’association, cet homme discret, véritable ingénieur de l’association, qui se déclare plus à l’aise dans l’ombre que sous le feu des projecteurs. 

«Le voyage offre une stimulation sans pareille. Il m’a fait réaliser que le potentiel de liberté de chacun est gigantesque.»

Le voyage comme formation

Élu secrétaire général à l’unanimité en 2016, celui qui fait tant pour le livre suisse aurait pu ne jamais travailler dans le domaine. Né à Lausanne en 1959, ce passionné d’économie politique se destine d’abord à des études de HEC (Hautes études commerciales), qu’il abandonne après une demi-licence. «Mes études m’ont désillusionné. En effet, on y présentait l’économie comme un système inéluctable, dur, voire impossible à changer. Plutôt que d’essayer de le combattre, j’ai baissé les bras.» Aux bancs de l’université, il préfère l’école des voyages. Après deux ans à occuper divers emplois, il apprend l’espagnol à Malaga et part pour le Venezuela, où il entame un périple de plus de quinze mois en Amérique latine.

Comme dans un roman d’initiation, cette expérience se révèle formatrice et lui ouvre les yeux sur beaucoup de choses. «Le voyage offre une stimulation sans pareille. Vous êtes seul face à vous-même et, en même temps, vous rencontrez des centaines de personnes. J’ai réalisé que le potentiel de liberté de chacun est gigantesque, ce qui n’est pas forcément ce qu’une éducation typiquement suisse nous enseigne.» Arrivé au bout de ses économies, Olivier Babel revient en Suisse en 1985 pour chercher ce qu’il pense être un travail à durée déterminée, bien résolu à repartir. «Je pensais que le voyage m’appelait, dit-il dans un sourire. Mais je suis tombé amoureux et le temporaire s’est transformé en permanent!»

Des PPUR à l’Asdel

Au bénéfice d’une première expérience dans l’édition, il répond à une offre de magasinier-livreur aux Presses polytechniques et universitaires romandes (PPUR). «Pendant mes années de travail avant l’Amérique latine, j’avais eu la chance de décrocher une première expérience dans l’édition: un stage-emploi d’un an chez Dargaud, à Paris. Vu que j’avais déjà posé ma candidature chez les principaux éditeurs romands, sans succès, je me suis dit que ça valait la peine de tenter le coup.» Un bon pari: en effet, durant l’entretien, le jeune homme comprend vite que la directrice Claire-Lise Delacrausaz l’a convoqué pour le poste de responsable de la promotion. L’entente est immédiate et mutuelle et, à 26 ans, il jette les amarres en Suisse, entamant une carrière de plus de trente ans dans l’édition romande.

À 26 ans, il jette les amarres en Suisse, entamant une carrière de plus de trente ans dans l’édition romande.

Aux PPUR, maison d’édition alors en plein essor, il se forme rapidement aux différentes facettes du métier d’éditeur, d’abord à la promotion, puis à la production du livre et au travail d’édition sur les textes. Tout s’accélère en 1995, lorsque sa mentor, Claire-Lise Delacrausaz, quitte la direction pour des raisons de santé. «Quand elle est partie, elle m’a mis un bon coup de pied aux fesses pour me signifier: ‘maintenant, c’est à vous de jouer!’ Je ne pouvais pas la décevoir, et j’ai pris la tête de la maison après son départ.» Une carrière d’éditeur réussie, puisque, dans le cadre de cette fonction, il a publié «plus de 1000 livres, les PPUR publiant environ 50 livres et une vingtaine de réimpressions par année.»

En parallèle à cette activité, Jacques Scherrer, l’ancien secrétaire général de l’Asdel, l’invite à siéger au comité éditeur de l’association. En 2016, après vingt-deux années passées à la tête des PPUR, Olivier Babel éprouve à nouveau un besoin de changement. «Je ressentais un essoufflement, l’impression que j’avais amené tout ce que je pouvais à la fonction. J’ai expliqué à mon conseil que j’étais convaincu qu’ils devaient songer à me désigner un successeur qui vienne insuffler une nouvelle dynamique. Avec le recul, je pense que ma nomination à l’Asdel a eu le même effet.» À l’époque, l’association cherche justement un nouveau secrétaire général. Il se porte candidat, et les membres des comités l’élisent en mai 2017. Doté d’une solide expérience, Olivier Babel arrive à la tête de la structure avec un bon capital de confiance pour représenter et défendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics.

La tour du livre suisse

Affiche de la Quinzaine du livre suisse 2019 (détail).

À son arrivée, l’association entame son grand nettoyage: les comités sont largement renouvelés, de nouveaux membres sont démarchés et des axes de promotion inédits sont mis en œuvre. Parmi ceux-ci, on compte la Quinzaine du livre suisse, dont la première édition a eu lieu cette année. Il s’agit d’une action menée en partenariat avec de nombreuses librairies françaises, engagées à offrir une visibilité particulière aux livres suisses durant deux semaines en février 2019. Un succès, puisque l’action sera renouvelée en 2020. Par ailleurs, dans une volonté d’améliorer sa visibilité et de rassembler tous les pôles sous un nom plus porteur et fédérateur, l’Asdel s’apprête à se transformer en LIVRESUISSE en novembre 2019.

«Je préfère cultiver une culture du consensus propice aux échanges.»

Malgré cette belle énergie, Olivier Babel n’aime pas s’approprier le succès de telles actions. «Les combats de coq ne m’intéressent pas. Je préfère cultiver une culture du consensus propice aux échanges.» En tant que tel, il insiste sur l’importance des autres acteurs de l’association, notamment Caroline Coutau, directrice des Éditions Zoé, qui a repris la présidence de l’Asdel le 1er janvier 2019, Hadi Barkat, directeur d’Helvetiq, à la tête du comité éditeur, Véronique Rossier, gérante de Nouvelles Pages et responsable du pôle libraires, ou encore Josée Cattin, directrice d’Interforum. «Il s’agit d’une volonté commune. Le livre se porte bien et a encore un avenir. À nous de trouver les moyens pour continuer à le faire exister.» Avec tous ces artisans pour la consolider, l’association LIVRESUISSE promet de rayonner en Suisse et au-delà de ses frontières.

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