Les 5 contes pour enfants les plus perturbants

Une des 125 cartes à raconter de Susan Litsios représantant le visage d'une jeune fille paisible Les «125 cartes à raconter»: un jeu conçu pour raconter des histoires à l'infini. Illustration Susan Litsios. © Éditions Loisirs et Pédagogie

Les Éditions Loisirs et Pédagogie publient les 125 cartes à raconter, un jeu illustré par Susan Litsios qui permet de créer des histoires à l’oral ou à l’écrit. À cette occasion, voici un florilège de cinq contes dont les versions originales ont été censurées.

L’art de raconter est une tradition universelle. Partout dans le monde, des conteurs ont transmis un précieux héritage oral au fil des siècles. Mais loin de la guimauve et des fins heureuses des dessins animés de Disney, beaucoup d’histoires originales recèlent de cruelles et poignantes leçons de vie, de pieds mutilés, en passant par des forêts hostiles ou des tentatives de meurtre. Contes «de fées», vraiment?

  1. Blanche-neige
Une des 125 cartes à raconter de Susan Litsios représantant une forêt sombre aux arbres dénudés, sous la neige,
Inquiétante forêt enneigée. Qu’arrive-t-il quand on la traverse? Illustration Susan Litsios. © Éditions Loisirs et Pédagogie

«Blanche comme la neige, rouge comme le sang, noir comme l’ébène»: ces mots auraient dû donner le ton pour l’adaptation de Disney, au lieu de figurer une parfaite femme au foyer s’occupant de sept hommes. Si la version de Jacob et Wilhelm Grimm figure en effet une héroïne passive, elle foisonne d’éléments sinistres: la mère morte trop tôt, le chasseur ramenant un cœur de biche à manger à la reine au lieu de celui de Blanche-neige. On attente à une innocence pour en sauver une autre. Mais le plus surprenant, c’est la punition que réserve le conte à la méchante reine: chaussures en fer chauffées à blanc aux pieds, elle danse jusqu’à tomber raide morte. Si ça ne donne pas des idées étranges à vos enfants…

  1. Hänsel et Gretel

«Hänsel et Gretel» met en scène les pires cauchemars que peut avoir un enfant. Par temps de disette, le frère et la sœur vivent à l’orée des bois avec leurs parents. Arguant qu’il n’y a pas assez à manger pour eux tous, la mère persuade son mari d’abandonner les deux enfants dans la forêt, où ils mourront rapidement de faim ou seront dévorés par des bêtes sauvages. Comble de l’horreur, le manquement à la recommandation «ne parle pas aux étrangers» trouve une conséquence terrible lorsque les enfants se laissent attirer par une maison en pain d’épices, où une sorcière tentera de les engraisser pour les dévorer. En guise de fin heureuse, Hänsel et Gretel retourneront vers le père indigne qui les avait laissés à la merci des bois: un exemple précoce d’irresponsabilité parentale?

  1. La petite sirène
Une des 125 cartes à raconter de Susan Litsios représantant une sirène
Vers quels mondes obscurs le chant de cette sirène nous entraînera-t-il? Illustration Susan Litsios. © Éditions Loisirs et Pédagogie

Popularisé par Ariel, la naïve héroïne aux cheveux rouges qui troque sa queue de poisson contre des jambes, le célèbre conte de Hans Christian Andersen est bien plus sombre que ne le laisse supposer la version de Disney. En voyant le prince convoler avec une autre femme, les sœurs de l’héroïne sacrifient leurs chevelures pour fournir à leur cadette une porte de sortie: si elle tue le prince avec un couteau ensorcelé, elle pourra revenir vers les siens. Pourtant, dans la chambre où son aimé dort avec sa rivale, la petite sirène est incapable de choisir sa vie contre la sienne. Finalement, elle se jette à la mer et se transforme en écume.

  1. Cendrillon

En pensant au célèbre conte des frères Grimm, beaucoup auront à l’esprit la citrouille transformée en carosse ou à la célèbre – d’aucuns diront «irritante» – chanson de marraine la bonne fée, «Bibidi Bobidi Bou». Pourtant, la version édulcorée de Walt Disney passe sous silence les aspects les plus édifiants du conte. Quand les belles-sœurs essaient, sans succès, d’enfiler la pantoufle de verre, l’une se coupe le gros orteil, l’autre le talon, pour que leurs pieds rentrent, maculant la chaussure de sang. Le conte trouve un dénouement encore plus macabre lors du mariage de Cendrillon et de son prince. Poussées par la jalousie, les deux belle-sœurs viennent assister à la fête et se font crever les yeux par les colombes sentinelles de l’héroïne. On est bien loin de la version de Perrault, où Cendrillon leur pardonne et les marie à deux seigneurs de la cour.

  1. La petite fille aux allumettes

C’est l’histoire d’une petite fille qui vend des allumettes lors d’une nuit glaciale de la Saint-Sylvestre. Par le froid, la neige et le vent, elle regarde à travers les vitres les familles bien au chaud se régaler de bons plats et préparer les festivités du Nouvel An. Elle frappe contre les portes, mais personne ne lui ouvre. Abandonnée dans la neige, elle fera flamber les dérisoires allumettes pour se réchauffer, mais ces dernières brûleront trop vite, tout comme sa vie: au matin, ceux qui ont refusé de lui ouvrir la retrouveront morte dans la neige. Si le conte veut que la grand-mère de la petite fille lui apparaisse dans un dernier souffle pour la conduire au royaume divin, il n’en illustre pas moins la dureté de l’existence et l’indifférence face à ceux que la chance a abandonnés.

Bien sûr, il ne s’agit que d’une infime sélection des histoires qui se sont transmises de génération en génération à travers le monde. Maintenant, avec les 125 cartes à raconter, c’est à vous de jouer! Laissez libre cours à votre imagination, réveillez le conteur qui est en vous et donnez à vos personnages une fin heureuse ­– ou pas.

Comment jouer?

À utiliser à l’école, en famille ou entre amis, les règles du jeu sont simples. Les cartes se déclinent en plusieurs groupes: personnages, lieux, objets de quête et jokers. En groupe ou de manière individuelle, les joueurs tirent des cartes – à choix ou non –, qui leur permettront de structurer leur conte. En moins de cinq minutes, ils doivent inventer une histoire et la présenter oralement devant les autres. L’exercice peut également prendre une forme écrite. Dans le domaine scolaire, le jeu est idéal pour pratiquer l’oral et l’écriture dans le cadre des cours de français ou de langues modernes.

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