Le vivre-ensemble s’apprend aussi à l’école

Photo d'enfant en train d'écrire avec application L’utilisation de la collection «Grandir en paix» à l'école permet aux élèves de mieux identifier et exprimer leurs émotions.

L’ONG genevoise Graines de Paix a développé des activités pour favoriser le vivre-ensemble à l’école primaire. La méthode Grandir en paix, déjà utilisée dans plusieurs écoles à travers la Suisse romande, vient de faire l’objet d’une évaluation externe par la Haute école pédagogique du Valais.

L’école peut-elle empêcher la violence et la radicalisation au sein de la société? Voire apporter la paix dans le monde? C’est le pari audacieux de l’ONG genevoise Graines de Paix qui développe, depuis 2005, des programmes de formation et des ressources éducatives destinés aux écoles du monde entier. Implantée notamment en Suisse, en France, en Afrique de l’Ouest et au Liban, elle a publié aux Éditions Loisirs et Pédagogie un ensemble de manuels pédagogiques destiné aux écoles primaires intitulé Grandir en paix.

Déjà présente dans plusieurs écoles primaires de Suisse romande, la collection est bien connue dans le canton de Vaud, où l’Unité PSPS (Promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire) promeut activement son utilisation. Une expérience pilote menée dans la commune de Bex durant l’année scolaire 2016-2017 a fait l’objet d’une évaluation externe, réalisée par trois chercheuses de la Haute école pédagogique du Valais (HEP-VS). Ses résultats viennent d’être publiés.

Présentation de la collection Grandir en paix
Les trois volumes parus sur les quatre que contient la collection.

9 classes pilotes à Bex

Selon les auteures de l’étude*, la collection peut servir de base commune de travail pour développer un projet d’établissement sur le vivre-ensemble. «Les démarches méthodologiques sont suffisamment explicites, détaillées et complètes, tout en étant variées et adaptables, pour que plusieurs enseignant-e-s puissent s’y investir pleinement en prenant les libertés pédagogiques qu’ils jugent nécessaires.»

À Bex, la méthode a été utilisée par neuf enseignantes de 1-2P (élèves de 4 à 6 ans) et 3-4P (élèves de 6 à 8 ans) , qui ont dispensé une vingtaine d’activités tirées de la collection, réparties sur environ 30 leçons. Les activités ont été intégrées aux cours selon les possibilités offertes par la grille horaire: pendant les cours d’éthique et de culture religieuse, de français, d’environnement ou encore de dessin. Enseignants, élèves, parents et direction d’établissement ont été interrogés dans le cadre de cette évaluation.

L’un des aspects positifs relevés par les enseignantes concerne la facilité d’utilisation des activités: bien qu’elles soient conçues par séquence et avec une logique de progressivité, il est possible de les aborder dans n’importe quel ordre, en fonction des envies de chaque classe. Et même si certaines activités demandent du temps de préparation, l’aspect «clé en main» permet très vite de démarrer avec le matériel proposé.

Un impact durable en classe

Du côté des élèves, les activités ont été globalement appréciées. Plusieurs d’entre elles ont eu un impact durable au sein de la classe, comme la boîte à soucis, qui permet aux enfants de s’exprimer entre eux dans un coin dédié de leur classe. D’autres activités, comme les bracelets de l’amitié ou l’atelier autour des émotions, sont souvent redemandées par les élèves. «Les enseignantes relèvent qu’il est plus aisé de faire appel à des connaissances psychosociales lorsqu’elles ont été explicitement travaillées en classes (vs. uniquement évoquées)», précisent les auteures de l’étude.

«Les élèves identifient et expriment mieux leurs émotions.»

L’une des particularités de l’établissement scolaire de Bex est son contexte très hétérogène, avec un fort pourcentage de familles issues de la migration (une soixantaine d’élèves sont issus du centre EVAM, qui accueille les requérants d’asile). «Le fait que la collection soit très axée sur la langue (oral et écrit) rend difficile la participation des élèves allophones ou en difficulté avec la langue», relèvent les chercheuses.

Évolution positive du climat scolaire

De manière générale, l’étude établit que l’utilisation systématique de la collection Grandir en paix dans le cadre d’un projet d’établissement permet le développement de compétences psychosociales chez les élèves et des compétences professionnelles chez les enseignants. «Les élèves identifient et expriment mieux leurs émotions, renforcent leurs compétences communicationnelles, s’approprient et imaginent de nouvelles stratégies de gestion de conflits, renforcent leur estime d’eux-mêmes et développent progressivement une pensée critique, des capacités de décentrement et d’empathie.»

Pour Philippe Hofstetter, doyen de l’établissement scolaire de Bex, cette collection permet surtout de combler un vide. «Nous formons une quinzaine d’élèves médiateurs chaque année et nous sommes heureux d’avoir un préau pacifié dans les degrés 9-10-11 [enfants de 13 à 17 ans]. En revanche, les tensions sont plus fortes dans les degrés 5-6-7-8 [enfants de 8 à 14 ans]. Le matériel Grandir en paix permettrait de développer des compétences en amont pour améliorer les interactions entre élèves, réduisant ainsi les situations de conflit et de harcèlement en 7e et 8e année [enfants de 11 à 14 ans].»

* BROYON Marie-Anne, MOODY Zoé, NAMANI Lirija (HEP-VS), «Évaluation externe de l’impact de l’utilisation systématique de la collection Grandir en paix dans un établissement scolaire», Rapport final, St-Maurice, novembre 2017.

La collection Grandir en paix en bref

Déclinée en quatre volumes, la collection Grandir en paix propose des activités autour de l’estime de soi, la bienveillance, l’empathie, la solidarité ou encore la gestion des conflits. Ces fameuses «compétences transversales» sont au cœur du Plan d’études romand (PER) qui définit les contenus d’apprentissage au cours de la scolarité obligatoire pour la Suisse romande.

Pour l’heure, les volumes 1 (destiné aux enfants de 4 à 6 ans), 2 (6 à 8 ans) et 3 (8 à 10 ans) sont déjà utilisés dans différentes classes pilotes à travers la Suisse romande. Le volume 4 (10 à 12 ans) sortira dans le courant de l’année 2018. Chaque volume est composé d’un livret destiné à l’élève et d’un guide pour l’enseignant, avec 40 activités prêtes à être appliquées en classe.

Toutes les activités proposées ont été testées en classe et remaniées en fonction des retours des enseignants. Elles couvrent une grande variété de domaines. Par exemple, «Mime tes droits» (volume 2) consiste à mener un jeu autour de la Convention internationale des Droits de l’Enfant. «Cyberharcèlement, j’agis!» (volume 3) permet aux enfants de mettre en place un jeu de rôle afin de reconnaître des situations de harcèlement en ligne. Toutes les activités sont conçues pour pouvoir être utilisées clé en main. Pour les établissements scolaires qui le demandent, l’ONG Graines de Paix propose aussi des formations, des ateliers et d’autres prestations.

Plus d’informations sur la collection