La Suisse, pays de grands pédagogues

Photo des livres de la collection «Les grands pédagogues». Les Éditions Loisirs et Pédagogie consacrent une collection aux grands pédagogues, tels que le Père Girard, Pestalozzi ou Freinet.

Au cours de son histoire, la Suisse a connu son lot de penseurs qui ont durablement façonné l’école et les sciences de l’éducation. Petit florilège pédagogique, de Pestalozzi au Père Girard.

Voici quelques faits surprenants que vous ignoriez (peut-être) sur les grands pédagogues suisses qui ont rayonné à travers le monde. De quoi donner des idées aux enseignants en manque d’inspiration…

Pestalozzi était connu pour son humeur inégale: tantôt triste, tantôt joyeux, il assistait à des leçons et en ressortait soit le sourire aux lèvres, soit en claquant la porte.

1. Pestalozzi, le pédagogue hyperactif

Portrait de Johann Heinrich Pestalozzi
Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827)

Redoutés dans les classes, les élèves hyperactifs peuvent se révéler un cauchemar pour les enseignants. Et pourtant, l’un des plus grands pédagogues suisses, Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827) souffrait probablement de cette maladie, pour laquelle il n’y avait, à l’époque, aucun nom. Au sein de l’Institut qu’il crée à Yverdon, Pestalozzi était connu pour son humeur inégale: tantôt triste, tantôt joyeux, il assistait à des leçons et en ressortait soit le sourire aux lèvres, soit en claquant la porte. Cette sensibilité à fleur de peau s’est néanmoins révélée un précieux atout. Son entourage et ses élèves garderont à sa mort l’image d’un homme chaleureux et à l’écoute d’autrui, en un mot: profondément humain.

2. Piaget et les mollusques

Phot de Jean Piaget à la fin des années 1960
Jean Piaget (1896-1980)

Successivement professeur d’histoire, de sociologie, de philosophie des sciences et de psychologie aux universités de Neuchâtel, de Lausanne, de Genève et à la Sorbonne à Paris, Jean Piaget (1896-1980) est surtout connu pour ses travaux sur le développement des enfants. Bien qu’il se défendait d’être un pédagogue, ses travaux ont inspiré les sciences de l’éducation et les systèmes scolaires partout dans le monde. Avant de s’intéresser au mode de pensée des êtres humains, Jean Piaget s’était passionné pour la nature – il était notamment un spécialiste des mollusques! – et a obtenu un doctorat en sciences naturelles.

3. Steiner, le guide spirituel

Photo de Rudolf Steiner vers 1905
Rudolf Steiner (1861-1925)

Rudolf Steiner (1861-1925) est le fondateur de l’anthroposophie, mouvement spirituel élaboré au début du XXe siècle, qui a débouché sur de multiples formes d’action dans les domaines les plus divers. L’anthroposophie a notamment engendré la culture bio-dynamique, une forme de médecine ésotérique avec des produits comme ceux de la marque Weleda établie à Arlesheim (BL) et, bien sûr, les écoles Steiner (parfois appelées Steiner-Waldorf), largement présentes en Suisse et ailleurs dans le monde. Alors que certaines organisations se réclamant de l’anthroposophie sont assimilées à des sectes, le courant pédagogique se défend de pratiquer tout prosélytisme. Les écoles Steiner s’inscrivent plutôt dans «l’éducation nouvelle», se présentant comme une alternative à l’école publique.

Le Père Girard avait imaginé des classes de cent élèves, où les enfants aisés côtoyaient les petits va-nu-pieds et où les plus avancés encadraient les plus «faibles».

4. Girard et le jury des enfants

Portrait du Père Girard
Grégoire Girard (1765-1850), surnommé Père Girard

Le Père Grégoire Girard conçoit son «palais scolaire» en 1819 à Fribourg et y met en pratique son Projet d’éducation publique pour l’Helvétie (1799). Les radicaux catholiques crient au protestantisme – soit au blasphème. Et pour cause: le célèbre curé avait non seulement imaginé des classes de cent élèves, où les enfants aisés côtoyaient les petits va-nu-pieds et où les plus avancés encadraient les plus «faibles», mais aussi des jurys d’enfants pour trancher des questions disciplinaires! Si l’héritage du Père Girard n’est aujourd’hui plus à démonter, ses idées, subversives dans la Fribourg catholique de la première moitié du XIXe siècle, pousseront ses détracteurs à profaner la sépulture de sa mère.

Au plus fort de l’après-midi, Freinet pose sa craie pour aller courir la campagne avec sa classe.

5. Freinet et l’école buissonnière

Célestin Freinet (1896-1966)

Célestin Freinet (1896-1966) n’était pas Suisse, mais compte tenu de ses liens étroits avec le pédagogue genevois Adolphe Ferrière et de son influence considérable dans les cantons romands, nous l’incluons malgré tout dans ce palmarès. Fraîchement revenu de la guerre de 1914-1918, cet instituteur atypique soulève plus d’un sourcil dans le village de Bar-sur-Loup, près de Grasse, où il enseigne. Au plus fort de l’après-midi, il pose sa craie pour aller courir la campagne avec sa classe. Les enfants rêvent le nez dans l’herbe, chassent les insectes. Pour celui qui a toujours défendu un enseignement moderne, en accord avec son temps, l’apprentissage par l’école buissonnière est une manière comme une autre d’éveiller la curiosité des élèves. L’expérience marquera durablement les esprits: il inspirera notamment le film français L’École buissonnière de Jean-Paul Le Chanois, sorti en 1949, avec Bernard Blier dans le rôle principal.

Textes: Chloé Falcy et Cyril Jost

Quelques citations mémorables

Quand on lui demanda quel monument devait être élevé à sa mémoire, Pestalozzi répondit: «Une pierre des champs toute brute, car moi-même je n’ai pas été autre chose!»

 

Taxée de «protestante», donc d’hérétique, par ses détracteurs, Girard défendit sa vision pédagogique en ces termes: «Méthode protestante! – Défendez-vous de respirer l’air; car assurément qu’il a passé sur des pagodes et des mosquées, avant d’arriver à vous.»

Les Éditions Loisirs et Pédagogie rendent hommage aux grands pédagogues. Depuis 2015, elles ont consacré un ouvrage à Pestalozzi, Freinet, et depuis cet été, au Père Girard. Vous trouverez plus d’informations sur notre catalogue.