La santé en Suisse: comment endiguer la hausse des coûts?

Image très contratée d'un stéthoscope posé sur un clavier d'ordinateur portable. En Suisse, les coûts de la santé ont plus que doublé ces vingt dernières années, et de plus en plus de personnes de la classe moyenne et inférieure ont de la peine à payer leurs primes.

L’édition 2018 de La santé en Suisse, un livre pour saisir les enjeux du système, vient de paraître. L’occasion d’analyser les coûts décriés de ce domaine avec son auteur Simon Regard, médecin urgentiste aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Desisin de Mix & Remix "Cette année, les primes seront moins élevées que... celles de l'année prochaine!"
Illustration de Mix & Remix

Une moyenne de 1,2% sur le territoire suisse: voici la nouvelle hausse à laquelle seront soumis les citoyens et citoyennes suisses dès le 1er janvier 2019. Une nouvelle qui précédait de peu la parution de l’édition 2018 de La santé en Suisse – un livre sous forme de vade-mecum, qui présente l’entier du sujet de manière simple et accessible. Si le conseiller fédéral Alain Berset s’est réjoui d’une «hausse modérée» – annuellement, elle est le plus souvent de l’ordre de 5% – l’augmentation exponentielle des coûts met en lumière un système en crise.

À qui la faute? Aux assureurs? Aux patients? Et surtout, comment endiguer la hausse des coûts? Comme tout grand problème de société, la réponse n’est pas simple et se décline de manière nuancée. Notre auteur Simon Regard, médecin urgentiste aux HUG, livre son analyse d’un système à bout de souffle, ainsi que des solutions potentielles pour l’avenir.

Les coûts de la santé ont plus que doublé ces vingt dernières années.

Des coûts en hausse constante

En Suisse, le domaine de la santé est financé de la manière suivante: 50% des coûts sont payés par les assureurs (financés par les citoyens à travers leurs primes), 30% par les citoyens eux-mêmes (médicaments non remboursés, participation aux frais, etc.) et 20% par l’État (principalement le financement des hôpitaux par les cantons). Ces coûts ont plus que doublé ces vingt dernières années, et de plus en plus de personnes de la classe moyenne et inférieure ont de la peine à payer leurs primes.

«On oublie souvent que 100 francs n’ont absolument pas la même valeur pour quelqu’un d’aisé ou quelqu’un avec des revenus modestes.»

«Plus de 20% des patients renoncent à certains soins et de plus en plus de personnes ont recours aux subsides cantonaux», avance Simon Regard. Un problème dû à l’iniquité du système de santé suisse, biaisé par essence: «Le mécanisme de financement est inégal, car tout le monde est taxé de la même manière, quel que soit son revenu. Pourtant, on oublie souvent que 100 francs n’ont pas la même valeur pour quelqu’un d’aisé ou quelqu’un avec des revenus modestes.»

Des causes multiples

Une femme dit à son médecin: "Je n'arrive plus à payer mes primes et ça me rend malade!"
Illustration de Mix & Remix

Pour autant, il souligne également que l’augmentation des primes n’est pas un problème en soi – elle est normale au regard de la croissance démographique, de l’espérance de vie toujours plus élevée et des nouvelles technologies médicales. Le souci principal vient surtout de la vitesse exponentielle de progression des coûts. «Le système fait face à un véritable problème de durabilité. Par ailleurs, le manque de volonté et de transparence n’aide pas pour y voir plus clair dans un domaine extrêmement complexe.»

En parlant de manque de transparence, les assurances maladie ont perçu quelque 800 millions de francs en trop [de]. «Ils ont le droit et le devoir de faire des réserves, même si leurs calculs ne sont pas univoques, concède Simon Regard. Cela dit, il y a aussi des mauvais élèves chez d’autres acteurs du système: tant les assurés, qui entrent parfois dans une logique de ‘puisque je paie si cher, autant en profiter et aller chez le médecin’, tant l’industrie pharmaceutique, car le prix du médicament est très cher en Suisse.»

Tenter de désigner un seul coupable revient donc à ignorer la complexité du système de santé. Avec 26 cantons et presque autant de lois sanitaires différentes, pas moins de cinq instances fédérales et autant de commissions, sans compter la soixantaine d’assureurs, les professionnels de la santé et les patients eux-mêmes, difficile de savoir à qui incombe la part de responsabilité. «Le système est également régi par de puissants rapports de force. Chacun tire la couverture à lui, afin de ne pas perdre son influence. Avec autant d’acteurs dans la balance, il y a beaucoup d’inertie et il est très dur de faire évoluer les positions établies, particulièrement en matière de coûts.»

 «Le système est régi par de puissants rapports de force.»

Les solutions pour l’avenir

Pour endiguer la hausse des coûts, Alain Berset a proposé de mettre en place des études pilotes – à tester localement avant de les implémenter plus largement. Cette idée concernerait notamment la piste de financer les médecins selon le nombre de patients qu’ils traitent. Une autre solution, défendue par certains assureurs, serait de permettre aux assurances de choisir les médecins avec lesquels elles travaillent et dont elles remboursent les prestations, mesure refusée par le peuple en 2008. Ou, à l’inverse, la création d’une caisse unique, gérée par l’État, mesure rejetée par le peuple en 2007 et 2014.

Un homme commence "Bon ben...", tandis qu'un second, un ballon de rouge à la main, poursuit: "Santé tout le monde!"
Illustration de Mix & Remix

Par ailleurs, Simon Regard souligne que le rôle de la prévention – encore marginal – devrait être crucial pour éviter la surconsommation des soins. L’idée est d’autonomiser davantage le patient, afin que les citoyens deviennent acteurs de leur santé. À cet effet, une piste potentielle – et déjà partiellement appliquée – réside dans la transition numérique du système médical. Toutefois, cette solution pose des problèmes d’un point de vue éthique. «D’un côté, un tel scénario implique un traitement optimisé, car on rassemble toutes les informations du patient dans un dossier électronique. De l’autre, il y a un risque de vente et de mercantilisation des données des patients. On peut imaginer une logique de remboursement conditionnelle, par exemple si le patient a fait assez de sport ou non. Dans ce contexte, les dérives deviennent extrêmement dangereuses.»

«L’un des principaux défis sera de réconcilier la santé individuelle, personnalisée par les nouvelles technologies, et les besoins de la société au sens large.»

En dépit de tout, une chose est sûre, il ne faut surtout pas abandonner le principe de responsabilité collective, où la société dans son ensemble, et non l’individu, soutient l’ensemble du système. Comme le résume Simon Regard: «L’un des principaux défis sera de réconcilier la santé individuelle, personnalisée par les nouvelles technologies, et les besoins de la société au sens large.» À l’avenir, malgré la hausse continue des coûts, les fondements de démocratie et de solidarité constitueront peut-être l’un des plus grands atouts de la Suisse en matière de santé.

Un homme en costume de bains, couché sur une chaise longue en plein soleil, clope au bec et bouteille de rouge entamée à côté de lui, lit le livre "La santé en Suisse".
Illustration de Mix & Remix

Pour tout savoir sur La santé en Suisse

Inscrit dans la collection Comprendre – dont chaque titre permet de mieux saisir une facette de la Suisse –, l’ouvrage La santé en Suisse bénéficie d’une nouvelle édition en 2018. L’occasion de mettre à jour tous les chiffres et informations d’un système extrêmement dynamique.

Écrit par Simon Regard et illustré par Mix & Remix, le livre relève l’audacieux défi de présenter le domaine de manière simple et accessible. Au programme, vous découvrirez tant les nombreuses professions de la santé ou les différents types de soins prodigués que les assurances qui participent au financement du système ou les enjeux auxquels ce dernier doit faire face pour perdurer.

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